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La figure du makomè

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La figure du makomè

Message par djédjé le Ven 25 Mar 2011 - 8:45

Un texte interessant: n'hesitez pas a y apporter vos commentaires

La figure du makomè : masque de l'homosexualité masculine dans les mondes guadeloupéens.

par Dolorès Pourette

.
Les pratiques homosexuelles font l’objet d’une stigmatisation et d’un fort
déni en Guadeloupe et dans la population guadeloupéenne résidant en
métropole. Une recherche ethnographique menée en Ile-de-France, auprès
d’hommes et de femmes d’origine guadeloupéenne , a cependant permis une
libération de la parole sur ces pratiques, et le recueil de données
originales.
Dans ce texte, qui porte principalement sur l’homosexualité masculine, je
m’attacherai à montrer comment des individus qui initient des relations
homosexuelles parviennent à contourner la norme hétérosexuelle sans
réellement la contrarier. Je soulignerai par ailleurs comment la place
qu’occupe la figure du makòmè dans l’imaginaire collectif guadeloupéen
occulte l’existence des pratiques homosexuelles masculines.

Une homosexualité réprouvée

L’homosexualité fait l’objet d’une forte dévalorisation sociale, à la
Guadeloupe et dans la population guadeloupéenne d’Ile-de-France. La norme
hétérosexuelle est la seule reconnue et celui ou celle que l’on soupçonne de
se livrer à des pratiques homosexuelles subit la réprobation générale. De
telles pratiques sont perçues comme des actes « malsains », « contre nature
», qui pervertissent l’ordre des sexes en conférant à l’un des partenaires
un rôle qu’il n’est pas habilité à jouer. Dans le cas de l’homosexualité
masculine, l’un des partenaires est amené à jouer un rôle masculin et
l’autre, un rôle féminin, ces rôles étant interchangeables. Cette
introduction du féminin dans la sphère masculine bouleverse l’ordre normal
des événements et entraîne le rejet social. La personne qui a des rapports
sexuels avec une personne du même sexe est rejetée car elle n’assume pas le
rôle qui lui est assigné.
À la Guadeloupe, l’homosexuel est désigné par le terme créole péjoratif
makòmè. Le makòmè est un homme, qui affiche généralement des comportements
et des attributs féminins (dans son langage, sa tenue vestimentaire et ses
attitudes corporelles), et qui met en acte des pratiques homosexuelles avec
des hommes masculins, parfois contre une compensation financière. Les
discours le présentent non pas comme un homme véritable, mais comme un
homme-femme. Il n’existe pas d’équivalent féminin du makòmè. « Makòmè » est
également une insulte destinée à mettre en doute la masculinité et à
ébranler la réputation de celui auquel elle s’adresse.
Les jugements à l’égard de l’homosexualité féminine et de l’homosexualité
masculine sont sensiblement différents. À la Guadeloupe, l’homosexualité
masculine fait l’objet d’une discrimination bien plus manifeste que
l’homosexualité féminine. La virulence des discours prononcés à l’encontre
des hommes qui ont des pratiques homosexuelles contraste avec la discrétion
des propos relatifs aux femmes lesbiennes.
La sexualité des femmes est source de mystère et d’incompréhension et ne
peut être pensée indépendamment de la sexualité masculine. Une interaction
sexuelle sans partenaire masculin paraît une aberration, d’où la difficulté
à concevoir l’homosexualité féminine. Les processus sexuels sont
exclusivement sous contrôle masculin, l’homme étant le seul partenaire actif
d’un rapport sexuel. S’il est pensable que lors d’une relation homosexuelle
entre hommes, l’un des partenaires puisse endosser, provisoirement ou non,
un rôle féminin, il semble inconcevable qu’une femme puisse jouer un rôle
masculin, actif et pénétrant. L’homosexualité féminine inquiète et
déstabilise car elle remet en question le pouvoir masculin et le rôle que
jouent les hommes dans les interactions sexuelles. La sexualité est le lieu
– l’un des lieux – où s’exerce la domination de l’homme sur la femme. Si les
femmes peuvent se passer des hommes, voire les remplacer, sur quoi reposent
la suprématie et la supériorité de ces derniers ?

La discrimination dont fait l’objet l’homosexualité induit une attitude de
déni devant la réalité des pratiques homosexuelles. Ainsi, à la Guadeloupe,
c’est un peu moins de 1 % des hommes et 2 % des femmes qui auraient eu au
moins un partenaire de même sexe durant leur vie entière (contre
respectivement 4 % et 2,5 % en France métropolitaine) (Giraud et al., 1995).
Déniées par les acteurs, les conduites homosexuelles le sont également par
les observateurs. Rares sont en effet les recherches ethnographiques qui
font état de l’existence de ces conduites en Guadeloupe. Seuls Stéphanie
Mulot rapporte l’existence d’une bisexualité cachée (Mulot, 2000), et
Jacques André, psychanalyste, offre une description du makòmè et propose une
réflexion sur l’homosexualité (André, 1987).
La stigmatisation de l’homosexualité s’enracine dans l’éducation des
enfants, celle des garçons notamment . Si en Guadeloupe comme en France
métropolitaine, la norme est celle de l’hétérosexualité, l’injonction qui
formule l’interdit de l’homosexualité masculine est bien plus explicite,
bien plus prégnante et bien plus redondante dans la socialisation du garçon
guadeloupéen. Sa famille, ses amis, les hommes de son entourage n’ont de
cesse de lui inculquer l’interdit qu’il ne doit transgresser à aucun prix.
« Mon père me l’a dit, il m’a dit : si jamais je sais que un de mes fils est
homosexuel, je le tue. J’ai pas le droit. » (Étienne, 41 ans, agent
hospitalier) .
L’individu qui met en acte des pratiques homosexuelles risque sa propre vie.
Il encourt la mort, non pas nécessairement au sens biologique du terme –
encore que des lynchages, pouvant conduire au décès, ont probablement lieu à
la Guadeloupe, comme ceux qui ont lieu en Guyane – mais au moins dans son
acception sociale. La mort sociale, c’est-à-dire l’exclusion et le
bannissement du groupe social et familial, est la sanction dont on menace
celui qui n’aura pas su se conformer à la norme et qui aura ainsi déshonoré
sa famille.

Une homosexualité tolérée

Bien que les mères de famille affirment haut et fort qu’elles
n’accepteraient pas l’homosexualité de l’un de leurs enfants, il apparaît
que leur attitude favorise cette forme de sexualité. En effet, n’est-ce pas
la mère qui accepte que son fils reçoive ses amis chez elle lorsqu’enfant,
adolescent et jeune adulte, il réside encore dans le foyer parental ? De
plus, elle ne lui pose aucune question concernant les relations qu’il a avec
les filles ou avec les garçons, et les premiers contacts homosexuels ont le
plus souvent lieu au sein du foyer maternel ou, tout au moins, dans
l’entourage immédiat (chez la grand-mère ou chez un voisin) et avec un
proche (un cousin ou un voisin). Loin d’éloigner l’individu de la voie
homosexuelle, le consensus familial et social tend tacitement à favoriser la
mise en acte de pratiques homosexuelles.
Plus tard, l’environnement familial « ferme les yeux » sur les relations
affectives et sexuelles de leur proche. Même lorsqu’il se doute de son
orientation sexuelle (trahie par son mode de vie, le fait qu’il ne soit pas
marié, qu’il n’ait pas d’enfant, qu’il vive seul ou avec un autre homme),
l’entourage adopte généralement une attitude de déni et il ne provoque
qu’exceptionnellement un échange de paroles sur les conduites en question.
Si l’entourage familial fait semblant d’ignorer ce qui se déroule quasiment
sous ses yeux, c’est pour éviter de mettre au jour le problème de fond qui
est bien souvent à l’origine des pratiques homosexuelles adolescentes :
l’inaccessibilité du sexe féminin. Dans certains cas, les conduites
homosexuelles masculines constituent des conduites de substitution. S’élever
contre ces pratiques reviendrait à ébranler l’édifice sur lequel reposent
les relations entre les sexes et à remettre en question la domination
sexuelle des femmes et leur soumission au pouvoir masculin. Il existe en
effet à la Guadeloupe un double standard sexuel définissant les
comportements attendus de chacun et chacune : alors que l’honneur au
masculin repose sur les performances sexuelles (en terme de quantité et de
qualité), sources de « réputation », l’honneur au féminin renvoie à la
pureté sexuelle, fondatrice de la « respectabilité » (Wilson, 1969).





Une homosexualité vécue

Que l’existence des pratiques homosexuelles masculines ait été révélée en
métropole, alors qu’elle est passée sous silence en Guadeloupe, n’est pas
surprenant étant donnés la pression exercée sur les homosexuels en
Guadeloupe, la discrimination dont ils font l’objet et les risques qu’ils
encourent si leurs pratiques sont dévoilées. Dans le cadre de la migration,
ces individus peuvent plus librement évoquer leurs pratiques sexuelles,
notamment à une ethnologue métropolitaine, sans mettre en jeu leur
considération et celle de leur famille. Un certain nombre d’entre eux se
sont même montrés particulièrement heureux de pouvoir s’exprimer sur leur
intimité et de livrer un témoignage sur des pratiques tenues secrètes.
Dans un contexte social et familial où l’homosexualité est explicitement
prohibée, découvrir son attirance pour les individus de même sexe est
toujours douloureux. Cette attirance est vécue comme une anomalie, une
discordance entre, d’une part, l’obligation de se conformer à la norme
hétérosexuelle telle qu’elle est imposée par le consensus social et
religieux et, d’autre part, son désir pour les garçons. Si certains
individus parviennent à faire taire en eux ce qu’ils perçoivent comme une
tare, d’autres au contraire concrétisent des rapports homosexuels, à la
Guadeloupe ou dans la migration en métropole. En Guadeloupe, les relations
sexuelles entre hommes sont le fait de jeunes gens qui éprouvent une
attirance pour les individus de même sexe à l’éveil de leur sexualité. Ces
jeunes hommes peuvent avoir leurs premiers rapports sexuels avec un homme de
leur entourage plus âgé (un voisin ou le grand frère d’un ami), ou avec un
proche (un cousin par exemple ). Ces premiers rapports homosexuels peuvent
donner lieu à des attouchements, à des fellations, mais aussi à des
pénétrations. Cette première approche de l’homosexualité se réalise
généralement sans incitation abusive ni violence, et de façon plutôt
satisfaisante. D’autres individus ont une sexualité anonyme sur certains
lieux de drague spécifiques, dont une plage. D’autres enfin participent à un
réseau de rencontres clandestin et exclusivement réservé à des personnes qui
ont des rapports homosexuels. Ce réseau est constitué d’hommes et de femmes
qui se rencontrent lors de soirées organisées ponctuellement. Deux
commerçants de Pointe-à-Pitre centralisent les informations quant aux lieux
et dates de ces soirées et les diffusent aux intéressés de manière codifiée
afin de maintenir ces soirées secrètes et de ne pas y voir s’imposer de
personnes indésirables (les hétérosexuels n’y étant admis qu’accompagnés
d’une personne connue). Dans tous les cas, les pratiques homosexuelles se
cachent derrière une hétérosexualité normée et affichée : le jeune homme a
une petite amie attitrée et courtise les filles lorsqu’il sort avec ses
congénères, l’homme qui a des rapports occasionnels sur un lieu de drague ou
lors d’une soirée privée est marié et père de famille. Il existe donc une
bisexualité cachée et occultée, par les hommes comme par les femmes, et qui
demeure une dimension des relations entre les sexes nullement prise en
compte par l’analyse anthropologique.
La majorité des personnes rencontrées en métropole et qui ont des pratiques
homosexuelles ont choisi de quitter leur île natale afin de vivre leur
sexualité plus librement et afin d’échapper au contrôle social exercé en
Guadeloupe. La migration est l’occasion de découvrir le « milieu »
homosexuel parisien, de multiplier les aventures (non plus seulement avec
des Antillais, mais également avec des métropolitains et des individus
d’origine étrangère), et d’abandonner pour un temps les relations
hétérosexuelles, qui constituaient jusqu’alors des « couvertures ». Les
conduites homosexuelles de ces individus restent cependant clandestines et
font uniquement partie de leur vie intime. Quelques temps après la
découverte du « milieu » homosexuel, certains témoignent néanmoins d’une
déception et d’une insatisfaction car ils ne parviennent pas à concrétiser
ce à quoi ils aspirent : vivre une relation stable . En outre, beaucoup
éprouvent de grandes difficultés à accepter leur homosexualité, qu’ils
considèrent comme quelque chose de « négatif », d’ « anormal », qu’ils n’ont
pas choisi et qu’ils n’assument pas. Ils aspirent ainsi à revenir à
l’hétérosexualité, se marier, fonder une famille, même si leur attirance
physique pour les individus de sexe masculin est avérée. Dans tous les cas,
en Guadeloupe comme dans la migration, les hommes qui ont des rapports
sexuels avec d’autres hommes dénigrent ouvertement l’homosexualité. Leurs
pratiques homosexuelles restent dans le secret et le non-dit, et elles
n’interfèrent pas avec leur vie sociale et quotidienne. Lorsque deux
personnes qui se connaissent de par leurs activités professionnelles ou
sociales se rencontrent sur un lieu de drague homosexuelle, elles
s’ignorent. La vie sociale et les échanges qui ont cours sur les lieux de
rencontre sont deux domaines parallèles, qui ne peuvent s’interpénétrer.
« Rester un homme »

Qu’il s’agisse des hommes vivant en couple homosexuel , de ceux qui ont des
relations occasionnelles avec des partenaires masculins, ou de ceux qui
rejettent leur homosexualité et aspirent à revenir à une vie hétérosexuelle,
l’homosexualité fait rarement l’objet d’une revendication identitaire.
Les deux seuls individus qui assument leur homosexualité, qui la vivent
ouvertement et qui se déclarent homosexuels sont séropositifs. Alors qu’ils
ont éprouvé de grandes difficultés à accepter leur attirance pour les
garçons, à concrétiser leurs premières expériences homosexuelles et à
admettre leur orientation sexuelle, l’annonce de la séropositivité a agi
comme un « révélateur » identitaire. Désormais séropositif, l’individu ne
peut plus nier son homosexualité, et, de plus, il n’a pas d’autres choix que
de l’assumer publiquement. Le sida étant fortement associé à l’homosexualité
en Guadeloupe et dans la population guadeloupéenne de métropole, le fait
d’être séropositif favorise l’identification en tant qu’homosexuel, cette
identification devenant même incontournable. En conciliant homosexualité et
séropositivité, tout retour à l’hétérosexualité semble en outre compromis.
Ainsi, alors que Benoît vit une relation amoureuse avec une femme depuis
neuf mois, il déclare qu’il est et sera toujours homosexuel.
Concernant les autres individus qui ont des pratiques homosexuelles, soit
ils refusent de s’attribuer une identité, une « étiquette » telle que
l’hétérosexualité, l’homosexualité ou la bisexualité, soit ils affirment que
leur homosexualité est « provisoire ». Celle-ci est présentée comme une
période transitoire qui précède le retour à l’hétérosexualité, à la
normalité. Mais les récits de vie dévoilent que ce retour à la normale est
illusoire, difficile à concrétiser et qu’il correspond plus à un idéal qu’à
un réel désir. Ainsi, les hommes les plus âgés ne mentionnent plus cette
volonté de revenir à l’hétérosexualité : ils vivent seuls et ont des
relations homosexuelles occasionnelles.
Les stratégies sexuelles et identitaires des hommes rencontrés visent toutes
à les démarquer de l’une des figures les plus discriminées de la société
guadeloupéenne, la folle, le makòmè, et à « rester des hommes » malgré tout.
Le fait d’avoir – ou d’avoir eu par le passé – des relations hétérosexuelles
et le fait d’avoir des enfants apparaissent comme le moyen de conserver une
apparence hétérosexuelle. Il importe à ces hommes d’adopter un code
vestimentaire et corporel, des façons de s’exprimer, de se déplacer et de se
présenter à autrui masculins. Il faut aimer le sport, être « costaud »,
avoir une musculature développée. Le tout est de ne pas paraître efféminé.
La volonté de « rester un homme » et de s’affirmer en tant que tel se
manifeste également dans les rôles sexuels. Aucun des hommes rencontrés
n’avoue adopter un rôle passif (ou alors de manière très exceptionnelle) et
tous se définissent comme partenaires actifs. Le refus de la passivité
sexuelle tel qu’il est exprimé dans les discours participe des mêmes
stratégies, mais il est fort probable que certains adoptent plus souvent
qu’ils ne l’admettent des comportements passifs , d’autant que le choix des
partenaires sexuels se portent exclusivement sur des hommes au profil
masculin. Aucun n’accepterait d’avoir une interaction sexuelle avec des
homosexuels efféminés et des travestis, qu’ils dénigrent avec véhémence.
Les partenaires que recherchent ces hommes doivent non seulement être «
masculins », mais doivent être aussi – ou du moins « faire » – « hétéros »,
les interviewés eux-mêmes se présentant comme hétérosexuels. Un échange
sexuel entre deux personnes qui affichent une identité hétérosexuelle n’est
pas vécu par les protagonistes comme une relation homosexuelle, même s’ils
sont de même sexe.
Si le fait de vivre en métropole permet à certains hommes d’initier des
relations homosexuelles et de réaliser une part de leur homosexualité, rares
sont ceux qui parviennent à la vivre dans la sérénité tant l’intériorisation
des discours homophobes et hétéronormatifs véhiculés à la Guadeloupe endigue
leur liberté d’agir et de penser. Par ailleurs, ceux qui parviennent à
accepter et à vivre leur homosexualité tendent à souscrire à la norme
hétérosexuelle. En refusant d’être assimilés à des homosexuels, en se
démarquant du milieu homosexuel, qu’ils critiquent violemment, en arborant
une identité hétérosexuelle, une préférence pour des partenaires qui « font
hétéro » et une volonté de s’établir en couple, ils reproduisent le schéma
hétérosexuel. Il en va de même en ce qui concerne les femmes qui mettent en
acte des pratiques homosexuelles. Contrairement aux hommes, elles acceptent
et revendiquent leur identité homosexuelle. Il apparaît en effet que le fait
d’initier des relations avec des femmes leur procure un certain bénéfice en
les délivrant de la domination masculine telle qu’elle est exercée dans les
relations hétérosexuelles. Les femmes rencontrées vont même jusqu’à
instaurer un rapport de domination avec leurs partenaires, dans lequel elles
occupent une position dominante. En choisissant pour partenaires des femmes
féminines et hétérosexuelles , en adoptant avec elles des comportements
typiquement masculins (elles sont infidèles, peuvent mener de front
plusieurs relations simultanées, accordent une grande importance à la
dimension sexuelle de leurs relations…), elles exercent un certain pouvoir
sur elles, pouvoir qu’elles ne sauraient acquérir au sein d’une relation
hétérosexuelle. Tout en revendiquant leur homosexualité, ce sont pourtant
des femmes qui reproduisent le plus exactement le modèle hétérosexuel. Mais
elles se placent en situation dominante.

La figure du makòmè

Dans l’état actuel des recherches, il est impossible d’affirmer avec
certitude que le makòmè existe réellement en Guadeloupe ou s’il s’agit
exclusivement d’une figure discursive. Cependant, nul ne s’identifierait
comme tel . En effet, même si on lui reconnaît une place dans la communauté
et une fonction sociale précise – et habituellement attribuée aux femmes (il
est cuisinier, couturier, « homme » de ménage…) –, il est constamment
dénigré et stigmatisé. L’ampleur des discours discriminants dont il fait
l’objet est révélatrice de l’homophobie ambiante dans la société
guadeloupéenne. Néanmoins, alors que les lieux de rencontre homosexuelle
sont maintenus dans le secret et n’ont aucune réalité dans les discours,
l’existence du makòmè n’est pas cachée. Il fait au contraire l’objet d’une
représentation sociale remarquable : on en parle, on en rit et on le
connaît.
Les injures et les discours discriminants dont le makòmè patenté fait
l’objet attirent l’attention sur lui et protègent les autres hommes qui ont
des pratiques homosexuelles. Le regard social étant focalisé sur le makòmè,
les hommes sont libres d’initier des relations homosexuelles dans le secret,
sans que l’on y prête attention et sans qu’ils aient à subir la
désapprobation générale.
Le makòmè joue un certain « rôle » dans la société guadeloupéenne, au sens
défini par Mary Mac Intosh. Mac Intosh montre comment les différentes
sociétés déterminent un « rôle homosexuel » (homosexual role), le terme «
rôle » étant défini en termes d’expectative, d’attente (expectation).
L’auteur identifie l’émergence du « rôle homosexuel » en Angleterre à la fin
du XVIIe siècle, destinée à réguler la sexualité, à délimiter les
comportements sexuels admis et prohibés, et à confiner aux marges de la
normalité les individus déviants tout en épargnant le reste des individus
qui, quels que soient leurs comportements sexuels effectifs, sont associés à
la normalité (Mac Intosh, 1968).
À la Guadeloupe, le « rôle homosexuel » incombe au makòmè. C’est l’unique
individu autorisé à mettre en acte des pratiques homosexuelles. Le fait
d’assigner le rôle homosexuel au seul makòmè contribue du même coup à nier
l’existence des comportements homosexuels des hommes. En affirmant que le
makòmè représente seul l’homosexuel, on soutient alors que l’homosexualité
n’existe pas, puisque le makòmè n’est pas exactement un homme : c’est un
homme-femme.
Que le makòmè existe ou non, les discours recueillis à son endroit mettent
en évidence que si l’homosexualité est proscrite lorsqu’elle met en scène
deux hommes à identité masculine, elle pourrait être tolérée dès lors que
l’un des partenaires déclare une identité féminine. L’existence, réelle ou
fantasmée, du makòmè souligne combien l’homosexualité n’est pas « une
affaire de sexualité, mais de genre » (Fassin, 1998 : 4). Une relation
sexuelle avec un makòmè ne saurait être assimilée à une relation
homosexuelle en raison de la part de féminité qu’on lui attribue. C’est
ainsi que lorsque des hommes se gaussent du makòmè, ils évoquent avec
moquerie le fait qu’ils pourraient le pénétrer – mais jamais l’inverse.
Cependant, ces mêmes hommes ne peuvent concevoir d’initier une interaction
sexuelle avec un homme masculin, y compris sur le ton de la plaisanterie et
même s’ils adoptent un rôle sexuel actif, car elle serait inévitablement
vécue comme une relation homosexuelle.
Par ailleurs, admettre l’existence de pratiques sexuelles entre un makòmè et
un homme masculin ne remettrait nullement en question la norme
hétérosexuelle, la binarité du genre et la supériorité du masculin sur le
féminin, puisque le makòmè est considéré comme un homme féminin et comme un
partenaire passif et dominé.


En regard des récits, il apparaît que le vécu de l’homosexualité est
conditionné par la nécessité de se conformer à la norme hétérosexuelle.
Cette contrainte à l’hétérosexualité imprègne les parcours de vie de même
que les stratégies sexuelles et identitaires des acteurs. Elle les conduit à
initier des relations hétérosexuelles de convenance, à vouloir demeurer des
hommes masculins et hétérosexuels, quelles que soient les pratiques
effectives, en se distinguant de la figure de l’homosexuel, en critiquant le
milieu gai, et en reproduisant le schéma hétérosexuel. L’obligation de
perpétuer la norme hétérosexuelle se dévoile bien au delà des stratégies et
des trajectoires individuelles puisqu’elle mène l’ensemble des acteurs
sociaux à taire, à dénier, à occulter la réalité des pratiques homosexuelles
et à les dissimuler derrière la figure incontournable du makòmè. Révéler
l’existence de ces pratiques risquerait de remettre en question
l’hétérosexualité comme norme et, par là même, la nécessaire bipartition du
genre sur laquelle repose et se perpétue la domination masculine, domination
qui s’exerce notamment dans la sexualité.


Références bibliographiques

ANDRÉ Jacques, 1987, L’inceste focal dans la famille noire antillaise,
Paris, PUF.

FASSIN Éric, 1998, « Politiques de l’histoire : Gay New York et
l’historiographie homosexuelle aux États-Unis », Actes de la Recherche en
Sciences Sociales, 125 : 3-8.

GIRAUD Michel, GILLOIRE Augustin, HALFEN Sandrine, COLOMBY Patrick de, 1995,
Les comportements sexuels aux Antilles et en Guyane, Paris, Agence Nationale
de Recherches sur le Sida.

MAC INTOSH Mary, 1996 [1968], « The Homosexual Role, in SEIDMAN Steven
(ed.), Queer Theory/Sociology, Cambridge, Blackwell Publishers : 33-40.

MENDÈS-LEITÉ Rommel, 1997, Pour une approche des (homo) sexualités
masculines à l’époque du sida, Thèse de doctorat en anthropologie sociale et
ethnologie, Paris, École des Hautes Études en Sciences Sociales.

MULOT Stéphanie, 2000, « Je suis la mère, je suis le père ! » : l’énigme
matrifocale. Relations familiales et rapports de sexes en Guadeloupe, Thèse
de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie, Paris, École des Hautes
Études en Sciences Sociales.

POLLAK Michael, 1982, « L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le
ghetto ? », Communications, 35 : 37-53.

POURETTE Dolorès, 2002, Hommes et femmes de la Guadeloupe en Ile-de-France.
Pratiques liées au corps, relations entre les sexes et attitudes face au
risque de contamination par le VIH, Thèse de doctorat en anthropologie
sociale et ethnologie, Paris, École des Hautes Études en Sciences Sociales.

WILSON Peter, 1969, « Reputation and Respectability : a Suggestion for
Caribbean Ethnology », Man (NS), 4 (1) : 70-84.


Dolorès Pourette
Paru in R.-M.Lagrave, A.Gestin, E.Lépinard, G.Pruvost (dir.), Dissemblances. Jeux et enjeux du genre, Paris, 2002, l'Harmattan, p.51-63.
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Re: La figure du makomè

Message par cecool1 le Sam 21 Mai 2011 - 7:00

très instructif et intéressant en effet. merci Djé
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Re: La figure du makomè

Message par cecool1 le Sam 21 Mai 2011 - 9:44

très instructif et intéressant en effet. merci Djé
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Re: La figure du makomè

Message par p2a le Ven 10 Juin 2011 - 20:25

Bon, je l'imprime et je le relis à tête reposée.

Là, je dois prendre une aspirine... lol!

p2a

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Re: La figure du makomè

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